Anguille d’Europe (Anguilla anguilla)

Anguilla anguilla - inaturalist

 

Anguille d’Europe

Anguilla anguilla (Linnaeus, 1758)

 

Fiche n° 7-26-49-9424-35

Rédacteur(s) : Feunteun, Eric

Fiche éditée le :

Source : FishBase 2025

Taxonomie

Classe : Teleostei

Ordre : Anguilliformes

Famille : Anguillidae

Nom commun (EN) : European eel

Principaux synonymes

Muraena anguilla Linnaeus, 1758; Anguilla vulgaris Shaw, 1803; Anguilla acutirostris Risso, 1827; Anguilla latirostris Risso, 1827; Anguilla nilotica Heckel, 1846; Anguilla canariensis Valenciennes, 1843; Anguilla callensis Guichenot, 1850; Anguilla aegyptiaca Kaup, 1856; Anguilla mediorostris Risso, 1827; Anguilla fluviatilis Anslijn, 1828; Muraena platyrhina Ekström, 1831; Muraena oxyrhina Ekström, 1831; Anguilla cloacina Bonaparte, 1846; Anguilla septembrina Bonaparte, 1846; Anguilla migratoria Krøyer, 1846; Anguilla platyrhynchus Costa, 1850; Anguilla ancidda Kaup, 1856; Anguilla altirostris Kaup, 1856; Anguilla platycephala Kaup, 1856; Anguilla capitone Kaup, 1856; Anguilla morena Kaup, 1856; Anguilla melanochir Kaup, 1856; Anguilla kieneri Kaup, 1856; Anguilla cuvieri Kaup, 1856; Anguilla bibroni Kaup, 1856; Anguilla savignyi Kaup, 1856; Anguilla marginata Kaup, 1856; Anguilla microptera Kaup, 1856; Leptocephalus brevirostris Kaup, 1856; Anguilla eurystoma Heckel & Kner, 1858; Anguilla hibernica Couch, 1865; Anguilla oblongirostris Blanchard, 1866; Anguilla brevirostris Cisternas, 1877; Anguilla vulgaris marina Rafinesque, 1810; Anguilla vulgaris fluviatilis Rafinesque, 1810; Anguilla vulgaris lacustus Rafinesque, 1810; Anguilla nilotica Kaup, 1857; Muraena anguilla maculata Nardo, 1847; Anguilla linnei Malm, 1877; Anguilla fluviatilis Gistel, 1848; Anguilla var. ornithorincha De la Pylaie, 1835; Anguilla var. platyura De la Pylaie, 1835; Anguilla vulgaris Rafinesque, 1810; Anguilla var. oxycephala De la Pylaie, 1835; Muraena anguilla marina Nardo, 1847

Critères d’identification

L’espèce Anguilla anguilla possède un corps serpentiforme et cylindrique en avant, quelque peu comprimé en arrière, avec une tête caractérisée par une bouche terminale non protractile, avec des yeux relativement petits durant la croissance, quadruplant de volume à la métamorphose. La mâchoire inférieure est légèrement plus longue et saillante.

Elle présente la configuration suivante : P: 14-18, V: (absent), nageoire adipeuse: absente, scutelles: absentes, vertèbres: 110-120. Sa nageoire caudale est pointue.

L’espèce possède des écailles incrustées dans le derme, apparaissent au bout de 2 ou 3 ans de croissance en rivière.

Les individus femelles peuvent atteindre une taille maximale de 0,8-1m (1,33m) .

Le poids maximal, connu pour l’espèce, est de 6599 g.

La coloration de ce poisson varie selon son stade de développement. Les anguilles jaunes présentent un mélange de pigments sombres et jaunes, ce qui leur confère une couleur vert-olive. Le pigment jaune disparaît au moment de la métamorphose. Les anguilles argentées ont le dos cuivré à noir, tandis que le ventre est jaune. Les pores de la ligne latérale sont noirs. La couleur générale est vert-brun.

Les ouvertures branchiales sont petites, verticales et limitées aux côtés du corps. Les nageoires dorsale et anale sont allongées et fusionnées avec la nageoire caudale, formant une nageoire unique s’étendant de l’anus jusqu’au milieu du dos, avec un minimum de 500 rayons mous. L’origine de la nageoire dorsale est située loin derrière les nageoires pectorales, tandis que l’origine de la nageoire anale se trouve légèrement en arrière de l’anus, bien en retrait de celle de la nageoire dorsale. Les nageoires pelviennes sont absentes.

Elle peut être confondue avec Conger conger.

Son identification est considérée comme Facile .

Biologie

La reproduction de ce poisson est gonochorique et sémelpare. Elle a lieu en pleine eau, où les œufs sont libérés librement dans la colonne d’eau sans protection. Anguilla anguilla est caractérisée par un régime alimentaire varié. Les leptocéphales, dans leur phase larvaire, se nourrissent principalement de neige marine, un mélange d’éléments détritiques provenant d’organismes en décomposition, avec une dominance d’hydrozoaires, notamment des siphonophores, et des copépodes. Les adultes, quant à eux, sont des prédateurs de macrofaune benthique, consommant des invertébrés, des poissons et parfois des cadavres (nécrophages). Les jeunes individus se nourrissent de petits invertébrés comme des larves d’insectes, des mollusques, des vers et des crustacés, tandis que les adultes et subadultes privilégient des invertébrés benthiques et des poissons. Les anguilles jaunes, durant leur phase de croissance, sont nocturnes et se nourrissent de manière opportuniste. Le cannibalisme est observé dans des habitats à forte densité. L’alimentation cesse chez les anguilles argentées lorsqu’elles migrent pour la reproduction, et elles dépendent de leurs réserves lipidiques pour cette migration et la production de gamètes. La faune parasitaire des anguilles est diversifiée, et un lien positif a été établi entre la diversité parasitaire et l’état physiologique des individus. Le nématode Anguillicola crassus, originaire d’Asie, a été introduit en Europe dans les années 1980. Il infeste aujourd’hui la grande majorité des individus vivant en eau douce, mais est rarement présent chez les anguilles de milieux saumâtres. Ce parasite, qui colonise la vessie gazeuse, est suspecté de réduire les capacités de migration des anguilles.

Comportement : Espèce amphihaline catadrome qui compte parmi les plus grands migrateurs qui doivent parcourir entre 5000 et 9000 km entre les habitats de croissance continentale et la zones de ponte marine. Les récents travaux en modélisation et en télémétrie satellitaire ont permis de mieux comprendre les routes et les durées de migrations, mais les mécanismes d’orientation restent encore très mal compris. En fin de période de croissance en milieux aquatiques continentaux, les anguilles jaunes se métamorphosent en anguilles argentées. Les anguilles argentées quittent les rivières lors de la migration de dévalaison, en fin d’été et en automne (Righton et al. 2016).
La dévalaison est déclenchée par des crues automnales qui permettent de minimiser la dépense d’énergie pour nager vers la mer (Réf. 172). La maturité est atteinte en mer au cours de la migration (Réf. 88171). La reproduction n’a jamais été observée en milieu naturel mais la zone de ponte est estimée d’après la répartition des plus petites larves leptocéphales de 3à5 mm (Réf. 89144), et confirmée de manière empirique grâce à des travaux récents de télémétrie satellitaire (RIghton et al. 2016).
La migration dure entre six mois et plus d’un an suivant les individus. Des migrations verticales quotidiennes sont effectuées atteignant plus de 1000m de profondeur en journée et 300 à 500 m la nuit. Cette migration joue de multiples rôles combinant l’évitement des prédateurs (Walberg et al. 2015), mais aussi l’orientation (chang et al. 2022 et la maturation des gamètes (Righton et al. 2016, trancart et al 2014). La ponte a lieu dans la zone de convergence nord atlantique entre -75° et -45° et entre 21 et 29 ° N, souvent appelée mer des Sargasses. C’est une immense zone de près de 6 M de km2 caractérisée par des fronts de salinité et de température qui servent probablement de repère pour que les adultes puissent se retrouver afin de frayer.
Après la reproduction se déroulant probablement à 200-300 m de profondeur, les adultes meurent.
Après quelques jours les œufs éclosent et donnent naissance à une larve leptocéphale en forme de ruban, transparente, la tête est petite avec de gros yeux et munie de dents pointues adaptées à la collecte de neige marine. Les larves sont capables de nager et de s’orienter suivant des mécanismes encore inconnus (Chang et al. 2020).
La durée de la migration larvaire fait encore l’objet de discussions puisque les modèles hydrodynamiques indiquent que la durée de la migration serait d’environ 2 ans, tandis que les otolithes présentent entre 350 et 450 stries d’accroissement.
A l’arrivée sur le talus continental, les leptocéphales mesurent près 60 à 80 mm. Elles cessent de s’alimenter et se métamorphosent progressivement en civelles. Celles-ci s’orientent vers les côtes puis les estuaires avant d’entreprendre la colonisation des bassins versants. Les civelles se pigmentent rapidement, commencent à s’alimenter marquant la fin de la métamorphose et le début du stade anguille jaune, la phase de croissance. Autrefois très abondantes les civelles remontaient les cours d’eau en bancs très denses de plusieurs centaines de mètres de long et de 50 cm à 1m de diamètre, appelés des cordons. La migration anadrome est facultative et semble densité dépendante : si les densités sont importantes les jeunes anguilles ont tendance à remonter vers l’amont dans des zones de moindre densité. Une proportion importante d’anguilles peut ainsi s’établir dans tous les milieux continentaux : zones côtières, estuaires, lagunes, rivières, lacs, marais, du moment qu’ils soient connectés à la mer.
Elles ont un mode de vie benthique et s’accommodent de pratiquement tous les types d’habitats (rocheux, vaseux, végétation, eau courante, stagnante) avec une prédilection pour les milieux peu profonds et comportant de nombreux abris. Celle-ci dure entre 3 et 8 ans pour les mâles et 5 à 20 ans (record 35 ans) pour les femelles (Teichert et al. 2022). A l’issue de cette phase de croissance, les anguilles jaunes ont accumulé d’importants stocks de graisse représentant 12 à 20% de masse corporelle. Les males mesurent entre 30 et 45 cm de long tandis que les femelles mesurent de 45 cm à plus de 1 m. Elles cessent de s’alimenter et se métamorphosent une seconde fois, en devenant des anguilles argentées: les yeux grossissent, le dos devient noir et le ventre blanc marquant toute une série d’adaptations morphologiques et physiologiques à la vie en milieu marin.
Cette espèce, benthivore et riche en lipides, est particulièrement vulnérable à la bioaccumulation de polluants, ce qui peut entraîner des lésions organiques et altérer ses capacités migratoires. Les anguilles sont sensibles aux champs magnétiques faibles (Réf. 89141, 89142) ce qui les aident probablement à l’orientation lors de la migration de reproduction (Durif et al. 2017).

Leur teneur élevée en matières grasses et leurs habitudes alimentaires benthiques dans les eaux continentales les rendent vulnérables à la bioaccumulation de polluants, tels que les métaux lourds et les contaminants organiques, qui peuvent entraîner des lésions des organes et une altération de la capacité de migration (Réf. 82710) et une diminution de la variabilité génétique (Réf. 82711). Toutes les anguilles européennes sont contaminées par un ou plusieurs contaminants (Bourrillon et al. 2020). Cela provoque une augmentation de la durée de croissance et une perte moyenne de 20 cm de longueur de corps, entrainant une perte de fécondité importante correspondant à plus de 400 tonnes de civelles par an (Bourillon et al. 2022). Les recrutements ont fortemant diminué à partir des années 1980, entrainant un déclin de l’abondance des anguilles européennes sur toute leur aire de distribution. L’espèce est ainsi considérée en danger critique d’extinction par l’UICN. Elle fait l’objet d’un plan de gestion européen dont l’efficacité n’est pas facile à établir. Les causes principales du déclin sont les contaminants, la perte d’habitats, la fragmentation liée à la présence de plus de 1 million de barrages en Europe et le changement de régimes océanographiques (RIghton et al 2020, FEunteun 2002). Les pêcheries actuelles ne sont pas durables (Réf. 82712).

Habitat et répartition

Cette espèce vit principalement dans des environnements marin et eaux douces, au sein de zones côtières, occupant des habitats benthique, caractérisés par des fonds fonds meubles, sableux, vaseux, estuaires, lagune, fleuve, rivière, étang et marais. Elle est généralement rencontrée entre 50 – 200 m (Larves leptocéphales), 200m – 1500 m (adulte reproducteur), avec une répartition bathymétrique maximale de 1500 m, et une profondeur observée de 0-15m (700m) selon Louisy (2022).

Elle évolue dans des eaux dont la température varie entre 3 – 25 °C. À l’échelle mondiale, sa distribution couvre l’Atlantique Nord-Est et dans l’ensemble du bassin méditerranéen. Les leptocéphales, sont répartis entre 20°N et 70°N. Les zones côtières et les milieux aquatiques continentaux sont colonisés depuis l’Islande à l’ouest et la mer Blanche au nord-est, jusqu’aux côtes du Maroc au sud, ainsi que dans toute la Méditerranée orientale.

Toutefois, l’aménagement de plus d’un million de barrages dans son aire de répartition a entraîné une contraction de sa distribution vers l’aval des bassins versants, avec la disparition des anguilles dans les zones situées en amont des barrages principaux, parfois très proches de la mer.

Présence en France probable ou observée :

  • Atlantique ; Manche ; Méditerranée
  • Côtier ; Océanique ; Plateau
  • Alpes-Maritimes ; Aude ; Bouches-du-Rhône ; Calvados ; Charente-Maritime ; Corse-du-Sud ; Cotes-d’Armor ; Finistère ; Gard ; Gironde ; Haute-Corse ; Hérault ; Ille-et-Vilaine ; Landes ; Loire-Atlantique ; Manche ; Morbihan ; Nord ; Pas-de-Calais ; Pyrénées-Atlantiques ; Pyrénées-Orientales ; Seine-Maritime ; Somme ; Var ; Vendée

Menaces et utilisations

Importance ou intérêt commercial : Une espèce Intérêt commerciale d’importance à tous les stades continentaux (Civelles, Anguilles Jaunes et Anguilles argentées). Consommé de multiples façons, fumé, frais (Réf. 9988).

Intérêt pour la pêche : Pêché

Remarque sur le changement climatique : Le changement climatique joue un rôle important notamment sur les milieux marins. La production primaire dans les zones de ponte et dans le Gulf Stream a diminué limitant les ressources alimentaires des leptocéphales. Les courants marins comme le Gulf Stream sont impactés par le réchauffement et allongent vraisemblablement la durée du transport larvaire.

Les habitats des anguilles ont été fortement impactés : milieux marins (changement régime Gulf Stream), continentaux (destruction des zones humides, barrages, artificialisation des rivières, …)

Très sensible aux pollutions en raison de sa reproduction sémelpare et de l’accumulation de composée dans les graisses pendant la croissance.

Extrêmement exposée aux pressions anthropiques locales (barrages, assèchement des zones humides, pollution et qualité de l’eau, …) et globales (changement climatique, régime hydrologiques, contamination, micro-plastiques, etc.).

Galerie photos

Anguilla anguilla - Anguille d'europe

Crédit photo : Prié V. – Association Caracol

 

Carte de répartition

Répartition Anguilla anguilla